Axes de recherches

Les recherches du CREPPA sont organisées autour de quatre axes principaux  :

  1. La gouvernance, l’évaluation scientifique et l’encadrement des pesticides
  2. L’examen des impacts sanitaires des pesticides
  3. L’environnement, la biodiversité et l’eau
  4. Les stratégies de transition, les alternatives et les enjeux sociotechniques

Axe 1: La gouvernance, l’évaluation scientifique et l’encadrement des pesticides

Cet axe traitera de l’actuelle crise de confiance de l’expertise publique et de la remise en question des dispositifs d’évaluation et d’encadrement des pesticides, tant au Canada et au Québec, qu’en Europe, en France et aux États-Unis. Cet axe vise à en comprendre les tenants et aboutissants, en ciblant plus particulièrement l’évolution des dossiers relatifs aux herbicides à base de glyphosate (HBG) et ses acteurs clés, où les débats en cours annoncent déjà de nombreux rebondissements juridiques, économiques et politiques. Nous souhaitons concentrer l’attention de cet axe sur l’analyse du rôle et des types d’interventions des principales instances gouvernementales au plan fédéral et québécois, à la lumière des réalités Européennes et Françaises, afin d’éclairer comment l’évaluation scientifique des pesticides et leur encadrement politique et législatif peuvent contribuer à la santé des populations et des milieux de vie. Une telle exploration s’ouvre évidemment sur les questions agroalimentaires en fonction des pouvoirs dévolus aux différents paliers gouvernementaux, ainsi que sur les orientations des instances internationales spécialisées sur ces questions. L’examen des relations de pouvoir des groupes d’intérêt dans les processus d’évaluation et d’encadrement, allant des lobbies auprès des autorités publiques, aux influences de l’industrie agrochimique sur les processus d’évaluation scientifique jusqu’aux contre-pouvoirs citoyens s’inscrit également dans cet axe sur la gouvernance, qui s’intéressera également aux discours souvent contrastés des principaux acteurs sur la question.
L’émergence de mouvements sociaux, leurs relais médiatiques, leur rôle dans la conscientisation et la problématisation des enjeux et des impacts des pesticides de synthèse, leurs modalités d’intervention auprès des pouvoirs publics nationaux et internationaux, s’inscrivent dans cet axe, de même que le rôle des chercheurs indépendants, des experts et des institutions scientifiques dans les processus d’évaluation des risques, afin de documenter les principaux acquis et les principales failles des modèles actuels de gouvernance, pour une réelle prise en compte des enjeux de santé, de biodiversité et de bien commun, et d’éclairer ainsi l’évolution des débats, des politiques et des décisions publiques.

Axe 2: L’examen des impacts sanitaires des pesticides

Les travaux de cet axe menés dans une approche écosanté interdisciplinaire et intersectorielle visent à la fois à documenter, sur la base d’un suivi attentif de la littérature scientifique et grise, les impacts socio-sanitaires des pesticides aux effets de perturbation endocrinienne les plus largement diffusés et à analyser également les conceptions, les perceptions et l’état des connaissances des problèmes de santé liés aux pesticides et notamment aux HBG par différents acteurs clés, agronomes, médecins et intervenants des instances publiques et au premier chef les agriculteurs et leur famille. Les travaux de cet axe aborderont également des modalités de prise en charge et des coûts socio-économiques de ces problèmes de santé pour les gouvernements et les citoyens.
Effectués en collaboration avec plusieurs institutions publiques, cet axe vise à développer des travaux ancrés dans les réalités locales de régions fortement exposés aux pesticides comme la Montérégie, en s’appuyant sur les expériences des groupes les plus à risques et les plus vulnérables (jeunes enfants, femmes enceintes, agriculteurs et leur famille, travailleurs agricoles). Cet axe permettra dans une perspective de co-design et de co-construction des recherches avec les populations touchées, de développer des projets de mobilisation des savoirs sur ces dossiers préoccupants.

Axe 3: L’environnement, la biodiversité et l’eau

Étroitement lié aux enjeux sanitaires et aux stratégies publiques d’évaluation et d’encadrement, cet axe permettra d’examiner les effets sur les espèces aquatiques et la chaîne trophique des hauts niveaux de pesticides, notamment d’HBG et d’atrazine, observés dans les eaux des régions de grandes cultures intensives, tout en tentant d’identifier les relations avec les pratiques culturales et les mécanismes de diffusion, sans oublier les effets boomerang sur les équilibres des écosystèmes voire sur la santé des individus et de populations. Reposant sur les interrelations dynamiques entre les milieux naturels et sociaux, cet axe s’intéresse aux atteintes majeures à l’environnement découlant de l’usage de certains pesticides, afin de les cerner et d’endiguer leurs impacts socio-économiques susceptibles de se répercuter des zones de cultures jusqu’aux tributaires du Saint-Laurent.
Cet axe intègre autant les travaux portant sur l’évaluation des impacts environnementaux cumulatifs des activités associées au cycle de vie des pesticides que ceux s’intéressant aux conceptions, en Amérique du Nord et en Europe, de la protection de l’environnement, de la biodiversité et de l’eau, et à leur traduction concrète dans un appareillage de lois, de règlements et de normes censés protéger les milieux naturels et leurs habitants. De façon concrète, cet axe vise à mieux cerner les risques relatifs aux normes québécoises et canadiennes de présence de certains pesticides et notamment des herbicides à base de glyphosate (HBG), dans l’eau potable, à la lumière des normes européennes plusieurs milliers de fois inférieures.

Axe 4: Les stratégies de transition, les alternatives et les enjeux sociotechniques

Cet axe vise à intégrer les recherches portant sur le développement et la mise en place d’alternatives aux modes de production agroalimentaire basés sur les pesticides. Dans cette optique, la compréhension des enjeux, des logiques et des impacts socio-économiques des modes de production agroalimentaires basées sur les pesticides seront abordés, de même que l’analyse des modèles agricoles actuels, des pratiques culturales et du rôle des industries agrochimiques dans un contexte de concentration accrue. Les recherches de cet axe visent à identifier les limites et les freins compromettant une transition vers d’autres formes de systèmes agroalimentaires et celles visant à privilégier l’analyse des transformations institutionnelles, structurelles et culturelles nécessaires à la mise en place et au développement d’alternatives viables. On y abordera notamment les initiatives qui, dans la foulée des innovations de l’agriculture urbaine, contribuent à repenser l’articulation des cultures urbaines et périurbaines avec un soucis particulier d’évaluer la pertinence environnementale, sanitaire, sociale, juridique et économique de ces nouveaux modèles de production. Cet axe s’intéressera aussi, dans la foulée de travaux antérieurs aux enjeux sociotechniques, dont ceux au carrefour des biotechnologies, nanotechnologies et intelligence artificielle, susceptibles de faciliter, d’entraver ou de modifier l’usage des pesticides et l’agro-alimentaire.

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